Choisir son toubib

C’est un des points cruciaux de mon parcours vers le rétablissement : rencontrer et travailler avec un psychiatre qui me convient. Mais comment dénicher la perle rare? Voilà quelques trucs que je vous partage.

Dans mon article, je vous parlais de la nécessité de devenir partenaire de nos toubibs pour prendre une part active dans notre chemin vers le rétablissement.

Un toubib qui a un rôle particulier, c’est notre psychiatre. Il détient le rôle de dieu de notre cerveau. Je plaisante ! C’est quand même lui qui a les clefs des médocs. Un gros morceau dans le traitement de la bipolarité. Il suffit de lire un peu sur les blogs, les forums, pour se rendre compte de l’importance que cela revêt.

Les questions sont nombreuses. Elles trahissent vraisemblablement une angoisse par rapport à quelque chose qui nous échappe. On ne sait pas précisément ce que sont ces médocs que nous devons prendre ni comment ils agissent sur notre cerveau.

Alors, pour reprendre la main, je trouve qu’une solution qui me convient est développer un partenariat avec son toubib pour co-gérer le traitement. L’évaluer et le faire évoluer.

Point de départ : choisir un toubib

Ça vous semble tomber sous le sens. Je me dis que vous devez penser que pour un premier truc, c’est bateau. Mais bon dieu que ça peut être une entreprise hasardeuse, dans le sens où le hasard joue un rôle. Ça en fout un coup à notre soi-disant réflexion cartésienne. Ici, rien de cartésien.

Oui, c’est un peu comme choisir une école. On ne connait pas les écoles et leur manière de mener nos enfants vers une citoyenneté responsable. Pas de critères de comparaison clairs ni de notes comme sur Amazon. C’est le « bouche à oreille » qui fonctionne en priorité, couplé à une appréciation de la facilité de se rendre à l’école en question. Dans le flou, on se tourne vers les amis, les connaissances de ces amis qui « ont un enfant dans cette école » pour se faire une idée. Au-delà la réunion d’information qui ressemble plus à une opération marketing des écoles, pour ne pas dire une mascarade.

Premier choix : le toubib que notre médecin de famille nous a recommandé. C’est souvent le cas. On pense, je veux dire, je pense que c’est un bon point de départ, qu’il ou elle qui nous connait bien va nous guider vers « la » bonne personne.

C’est pas gagné d’avance. Combien sont les médecins qui connaissent la bipolarité et qui ont dans le répertoire téléphonique un psychiatre qui connaît la bipolarité ? Je veux dire un psychiatre qui en connait un peu plus que ce qu’il a eu dans ses cours à l’unif ou les articles qu’il a pu lire. Au mieux dans un journal scientifique, au pire dans un des magazines qui couvrent la table de sa salle d’attente.

Ensuite : tester son psychiatre

Dons, pas facile de choisir son toubib. J’en parle à l’aise car j’ai déjà usé deux psychiatres avant de trouver un avec qui je pense former une équipe qui progresse. 4 ans. La démarche a pris 4 ans…
Je me suis rendu compte que j’avais une attitude trop passive. C’est en partie pour cela que ça m’a pris autant de temps.

Le premier, je l’ai vu car le traitement pour dépression unipolaire ne fonctionnait pas. Ca faisait un bail que mon médecin de famille testait de choses à chaque fois que je replongeais. Au début, ça a marché. Après coup, je me dis que c’était peut-être plus l’énergie qui me restait et ma volonté de refaire surface que les médocs. Puis ça a coincé et à la fin du temps réglementaire pour la mutu, fallait que je rencontre un psychiatre.

J’étais en crise. Dépression donc. Déballer son histoire, discuter un peu et voilà que le verdict tombe déjà, comme un éclair dans le ciel bleu foncé : bipolarité. Et première rangée de médocs. Il m’a fallu le temps de sortir un peu de la dépression (la vache que c’était long !) avant de commencer à mettre les choses en perspectives. Je pense qu’il connaissait la bipolarité plus que par ses bouquins ou ses magazines 😉. Mais je restais sur ma faim car je ne trouvais pas les réponses à toutes mes questions.

Et, là accrochez-vous, je n’avais pas encore vraiment cherché d’infos sur la bipolarité ou lu des livres à ce sujet. Quand je vous disais que j’ai été trop passif !! Au bout d’un moment, j’ai voulu avoir un autre avis. J’ai donc vu un autre toubib qui m’avait été conseillé par ma psychologue. Re-déballage et re-médocs.

Ca a marché un temps, j’ai même repris un boulot qui me bottait bien.

Je vous parlerai de cet épisode plus tard car le stress a été un déclencheur. Associé à une mauvaise décision de supprimer un médoc, j’ai replongé. Méga dépression de nouveau. Arrêt de travail. Invalidité.
J’ai donc décidé de changer de nouveau. Là, j’ai fait une recherche et j’ai essayé d’identifier un spécialiste de la bipolarité. J’ai enfin trouvé.

Ma ckeck-liste

Bon, là, c’est très personnel. Cela diffère certainement d’une personne à l’autre. Donc, à prendre avec des pincettes!

Pour moi, ce qui est important tient en quelques points. A vous de voir si cela vous correspond.

  1. Dénicher un psychiatre qui a l’habitude de voir des bipolaires, de préférence de votre type.
  2. Un toubib qui propose des séances de minimum 45 minutes. En-dessous, c’est trop court pour vraiment aborder les évolutions entre les RDV.
  3. Quelqu’un qui discute bien avant de sortir le bloc de feuilles pour la prescription. A l’heure actuelle, sur 50 minutes, on ne passe plus que 10 minutes max à parler médocs.
  4. Un partenaire. C’est-à-dire une personne avec laquelle vous pouvez discuter de tout. Qui vous éduque concernant la bipolarité. Qui prend votre avis en compte. Qui vous implique dans les décisions relatives à votre traitement.

Devenir expert

Si vous arrivez à mettre un petit « v » à côté de chaque point, vous êtes sans doute sur la bonne voie. Si ce n’est pas le cas, alors ne le jetez pas tout de suite !! Mais ça vaut la peine de voir si la relation avec votre psychiatre actuel est satisfaisante de VOTRE point de vue. Lui parler de vos éventuelles attentes qui ne sont pas (encore) rencontrées.

Attention : le psychiatre n’est pas toujours plus vert ailleurs. Ce n’est peut-être pas le moment de changer non plus si vous êtes en crise. Donc, faites gaffe et adoptez une attitude active (pas comme moi au début …).

Puis, faut mouiller sa chemise. On ne peut être un partenaire si on n’arrive pas à parler de ce qu’on ressent et ce qu’on vit au quotidien. Plus vous en saurez sur la bipolarité, plus vous arriverez à identifier les variations de votre humeur et ses déterminants, plus vous serez en mesure de mettre des mots sur vos émotions et comportements, plus vous serez en mesure d’être un co-pilote qui tient la barre efficacement.

Lire des livres, regarder des vidéos et des films, suivre une formation en psychoéducation, tout est bon pour devenir un expert de la bipolarité. Du moins, de la vôtre.

Allez, si vous n’avez pas encore identifié l’oiseau rare, je vous souhaite bonne chasse !!

Prenez bien soin de vous.

Stéphane

2 thoughts on “Choisir son toubib

  1. J’aime beaucoup ton article. Il témoigne bien de tout ce long processus qui te demande tellement d’énergie mentale et physique. Je suis impressionnée car tu as pu la mobiliser et devenir acteur du traitement de ta bipolarité.
    Bravo!

  2. Pour moi, une « alliance thérapeutique » avec son psychiatre est primordiale, comme tu le soulignes.
    Mais je ne suis pas tout-à-fait d’accord avec toi, Stéphane : »Il (le psychiatre) détient le rôle de dieu de notre cerveau. Je plaisante ! C’est quand même lui qui a les clefs des médocs.  »
    D’accord que lui détient les clés du traitement médicamenteux.
    Mais il n’est pas le dieu de notre pensée qui nous appartient en premier lieu.
    Le psychiatre se doit seulement de nous accompagner dans la connaissance de nous-mêmes et dans l’apprentissage de la gestion de notre maladie. 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *