Patient, usager ou partenaire ?

Espoir de VIVRE

Patient, usager ou partenaire ?

Au fil du temps, on dirait que les mots ont tendance à glisser. Glissement sémantique, nouveaux mots. C’est la langue française qui vit mais aussi les représentations que nous pouvons avoir de certaines réalités.

Cela n’empêche pas de progresser vers un réel partenariat avec les toubibs. A établir d’urgence. Mais comment faire?

Patient

Quand j’étais petit, on parlait de « patient ». Comme il fallait patienter dans la salle d’attente du docteur ou chez le dentiste, je me disais que ça devait être pour cela.

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C’était long parfois. Je ne pouvais pas parler pour ne pas déranger les autres personnes dans la pièce.

C’était intimidant. Je me tortillais sur ma chaise, d’impatience justement.

Puis dans le bureau du docteur, c’était un peu la même chose. Ne pas parler, écouter, se tenir tranquille, patienter jusqu’à ce qu’il parle doctement et finisse par remplir l’ordonnance et la souche verte.

Une vraie agonie. Solitaire. Faute de pouvoir s’exprimer.

Usager

Lorsque j’ai fait la connaissance plus directe du monde de la santé mentale à travers le Funambule et ses groupes de paroles, je me suis rendu compte qu’on ne parlait plus de « patient » mais « d’usager ».

« Quel horrible mot ! ». Ce qui m’est immédiatement venu à l’esprit, c’est « usagé » !! Comme un vieux mouchoir en papier, flétri au fond d’une poche de pantalon. Qu’on hésite à extirper une fois rentré à la maison, pour le mettre à la poubelle…

J’ai rapidement compris que c’était du même tonneau que « usager de la route ». Et le dictionnaire confirme.

(Petite parenthèse pour les plus jeunes : oui, le dictionnaire est un peu un vestige du passé. J’en avais un en papier en secondaire que je consultait régulièrement.

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Mais, rassurez-vous, j’utilise internet maintenant ! J’ai gardé l’habitude de vérifier le sens des mots. Ça m’aide à comprendre ou à me faire une opinion. Bon, fermons la parenthèse).

Donc, le Larousse nous informe que l’usager est « une personne qui a recours à un service, en particulier à un service public, ou qui emprunte le domaine public (les usagers de la route) ».

Pas encore top mais on progresse ! Après le patient (« personne soumise à un examen médical ») qui subit, voilà l’usager qui consomme. On a un rôle plus actif ! C’est déjà ça !

Le marché de la santé

Consommer, ça fait mercantile me direz-vous.

C’est vrai. Mais est-ce si différent de nos emplettes habituelles ? Il n’y a pas vraiment de marché officiel de la santé mais on a vite fait de comprendre que c’est la même chose. Qu’on fonctionne de la même manière que quand on veut acheter un grille-pain. On cherche, on compare, on regarde les commentaires et on choisit. Même chose pour un toubib à qui on va devoir faire confiance.

Et quand on a choisi, faut faire gaffe à ne pas retomber dans le rôle du patient ! Les vieilles habitudes ont souvent la vie dure…

Nouveau glissement. Il y a maintenant une volonté de « remettre le patient au centre » de la relation avec les professionnels. Voilà un pas en avant et aussi un pas en arrière : voilà le « patient » qui revient au centre du discours…

Pourtant, l’idée est bonne. Nous mettre au centre. Cela nous responsabilise dans la manière dont nous abordons la maladie et les relations avec les professionnels que nous avons choisis.

Partenaire

Pourquoi ne pas parler carrément de partenariat ? Des partenaires s’entendent sur ce qu’ils veulent faire ensemble. C’est primordial dans la relation avec les psy* (psychiatres, psychologues…). Voir d’où on vient, où on peut essayer d’aller ensemble sur le chemin du rétablissement.

Fini l’usager qui subit patiemment. Place au dialogue et à l’action décidée ensemble.

Je trouve que ce dialogue a des vertus incroyables. Cela me pousse à parler de ma vie au quotidien, de la manière dont je la vois, la conçois. Les hauts et les bas de la bipolarité. Les évènements qui déclenchent les fluctuations, les symptômes, les petites joies, les doutes….

Cela me pousse à me dire. A donner des informations variées et aussi précises que possible pour faire un tableau de là où je me trouve. De l’évolution. Un peu comme un tableau impressionniste. Par petites touches.

Je vous entends déjà : « Pas facile » ! J’en conviens. Tout le monde n’a pas eu la chance d’apprendre à parler de soi. Mais avec un peu d’entraînement, c’est venu. J’arrive à partager ces précieuses informations avec mes « partenaires ».

Ça prend du temps. La confiance doit s’établir. S’épanouir, avant de trouver des points de repère et parfois toucher là où ça fait mal.

Au final, je ne regrette pas de me poser en partenaire de mon traitement. L’examen de mes hauts et de mes bas, la manière dont je les gère, a déjà permis de faire évoluer les médocs. Simplifier le nombre de pilules différentes. En éliminer certaines qui s’étaient accumulées au fil des ans. Comme des strates.

Cela a pris 12 mois. Long. Mais je n’en suis pas peu fier. Cela m’aide à progresser sur le chemin qui mène au rétablissement.

Et vous ? Vous arrivez à parler ?

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