Les bipolaires, tous des créatifs

Je lis et entends régulièrement que les bipolaires sont créatifs. Pas mal de sites reprennent une longue liste de personnalités bipolaires. La créativité serait un des côtés positifs de la bipolarité. C’est pas un peu vite dit ça ?

Je suis créatif, tu es créatif….

Dans le langage courant, il y a une certaine manière de parler de la créativité qui a l’air de dire : il y les créatifs. Point. Comme si on pouvait l’être ou pas. On / off. Je suppose que c’est influencé par la pub. Les personnes qui y travaillent sont appelées « les » créatifs.

Bon, on est d’accord, dans les faits, ce n’est pas tout ou rien. Vous comme moi sommes créatifs ! Dans différents domaines. De notre propre manière.

J’ai effacé ce que je venais d’écrire: « à des degrés divers » car je me dis qu’on ne pouvait pas comparer. Dans le fond, si. Mais pas toutes les formes de créativité. Comment dire qu’un peintre est plus créatif qu’un autre ? Parce qu’il peint plus de toiles ? Faut pas confondre créativité et production en grand nombre.

Il y a un domaine où ne sommes pas tous logés à la même enseigne : la résolution de problèmes. Là, il faut jongler avec de nouvelles hypothèses, les croiser, les enrichir… Think outside the box. En français, on pourrait traduire cela par penser en dehors du cadre. Mais cela s’entraîne, il n’y a pas de fatalité. Il y a de nombreuses techniques de créativité.

Curieux ? Vous pouvez regarder ce qu’en dit Luc de Brabandère dans cette vidéo (3:10)

Luc de Brabandère est un belge (cocorico), un ingénieur belge qui a bourlingué et accumulé de l’expérience. Ingénieur mathématicien, il a été directeur général de la bourse de Bruxelles, consultant, il écrit des (tripotées de) bouquins. Il est maintenant qualifié de philosophe d’entreprise. Rien que ça! Bref, un gars qui s’interroge et qui essaie de mettre de l’ordre dans les manières de penser le monde et, plus largement la créativité.

Je pense que son parcours lui a permis de développer cette créativité en croisant ses expériences.

La créativité vient aussi de la rencontre à la frontière entre deux mondes

C’est souvent en transférant une idée ou une découverte d’un domaine à un autre qu’on innove.

Le scratch a été développé pour que les astronautes puissent attacher leurs objets dans la cabine en apesanteur. La NASA pensait qu’il valait mieux ne pas laisser les lampes de poches et les bics voler librement !

La créativité vient aussi de la rencontre à la frontière entre deux mondes, deux disciplines qui ne se connaissent pas bien. Au milieu, on trouve des personnes qui sont capables de parler la langue de chacun, qui comprennent les réalités et les défis de chaque monde. Ce sont elles qui souvent produisent de nouvelles idées, de nouvelles manières d’apporter des solutions à nos défis.

Un exemple ? Les neurosciences

En étudiant le cerveau et en en prenant des images par résonances magnétiques, cela permet de « comprendre » comment nous vivons certaines expériences. L’apprentissage, la méditation, les émotions…

Il y a d’un côté, une question qui se pose, voire qui obsède. De l’autre une technique qui nécessite la connaissance de la structure de notre cerveau, les hypothèses sur son fonctionnement et la capacité à lire les images produites par la machine qui scanne le cerveau de volontaires.

Mathieu Ricard est bouddhiste tibétain. Proche du dalaï-lama, il est son interprète français. Aguerri à la médiation, il a participé à des études avec des neuroscientifiques afin de déterminer les effets de la méditation sur la structure du cerveau.

Il a pu montrer un impact indéniable. « Oui, à raison de vingt minutes de méditation par jour […], pendant huit semaines, certaines zones du cerveau commencent à changer.

Par exemple, l’amygdale, aire liée à l’agressivité et à la peur, diminue en densité. Les zones reliées à l’empathie sont activées et augmentent structurellement (en épaisseur) avec davantage de connexions neuronales ».

Cette capacité de notre cerveau est appelée neuroplasticité. Exit l’idée que, à partir d’un certain âge, on décline inexorablement à mesure que nous perdons nos précieux neurones ! La bonne nouvelle est que notre possibilité de générer des connexions neuronales nouvelles reste active jusqu’à la mort.

Et pas besoin de s’habiller avec une robe safran et de rester assis en tailleur en ne pensant à rien pour méditer !! Il y plein de manières sympa de méditer, d’être dans la conscience du moment présent. Je vous en reparlerai.

Voilà un éclairage nouveau sur des pratiques ancestrales et leur impact sur notre boîte à penser. Oui, je sais, on dit parfois « boîte à conneries » et je ne suis pas le dernier à l’utiliser !

La créativité. Don divin pour se faire pardonner ?

Plusieurs études récentes ont suggéré que les bipolaires jouissent d’une créativité supérieure à celle du commun des mortels. Mais la relation de cause à effet est floue.

Benoît Poelvoorde

A travers les disciplines artistiques, politiques, philosophiques…, on retrouve des personnes vivant avec des troubles bipolaires. Certaines sont mortes, alors on en a pas toujours la certitude. Mais il y a une longue liste.

Churchill, Ludwig van Beethoven, Virginia Woolf, Ernest Hemingway, Isaac Newton, Robert Schumann Edgar Alan Poe, Catherine Zeta-Jones, Ben Stiller, Mel Gibson, Britney Spears, Jim Carrey… Il y a une chouette présentation ici.

Et plus près de chez nous, Benoît Poelvoorde qui met un peu la question en perspective: « Je ne suis pas malade. Je suis bipolaire comme pas mal de monde ».

On parle parfois d’artistes fous.

Les épisodes intenses, les phases très hautes de la bipolarité, peuvent parfois générer des états où la réalité s’estompe et où d’autres univers, parfois inconnus, s’ouvrent. Parler avec les anges ou les démons, voir l’ensemble du monde avec limpidité, perdre toutes notions du temps dans un tourbillon d’émotions, d’images et de sons. Ces expériences, incontrôlées, parfois très douloureuses, ont généré des œuvres où le génial et la folie se rencontrent.

Les individus atteints de trouble bipolaire de type II traversent des périodes moins intenses au cours desquelles la rapidité de la pensée, les idées qui fusent, la capacité à faire le plein d’informations et d’expériences.

Le Champ de blé aux corbeaux : c’est l’une des dernières œuvres de Van Gogh (juillet 1890)

Cela génère des connexions qui débouchent sur des éclairs de lucidité que certains convertissent en art, poésie, design, idées politiques ou philosophiques nouvelles.

Mais la créativité n’est pas seulement liée aux phases « hautes ». Qui mieux que celui qui a vécu les affres de la dépression, la sensation de noir total et gluant pour décrire le sentiment de désespoir qu’on peut ressentir au plus profond.

Un don?

La sensibilité, la perception exacerbée du monde, les émotions dites ou non, sont des carburants pour la créativité. Ils ne manquent pas chez les personnes qui vivent avec la bipolarité.

Alors, la créativité serait-elle un don de Dieu pour compenser la mauvaise blague qu’il nous fait en nous plongeant dans la bipolarité ? Sais pas.

Le site bipolarité France a eu la bonne idée de donner un espace pour partager ses créations.

C’est surprenant, touchant, noir, criant, beau et fragile à la fois. C’est vous, c’est moi, c’est nous tous.

Et vous c’est quoi votre créativité. Si la réponse ne fuse pas, arrêtez-vous un moment, je suis certain que vous allez trouver !

En ce qui me concerne, j’aime bien l’écriture, les jeux de mots et un peu le travail du bois.

Prenez bien soin de vous !

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